La vie à la campagne, c'est pas toujours de tout repos. Chez les Papadoums, il se passe toujours quelque chose.
Accueil
Article suivant
Mon allaitement, mon combat, ma galère (edit inside)

De ci, de là, et encore là, mais aussi un peu partout, on peut lire des récits
d'allaitement idyllique, long, harmonieux. La palme d'or revenant à une maman de cinq jeunes enfants, les deux derniers étant jumeaux, qu'elle compte bien allaiter jusqu'à leur 18 mois. Sans aller
jusque là, il me faut dire quelques mots, puisqu'on ne m'a rien demandé.
D'abord, allaiter ou non son enfant, c'est un choix. Parfois ce choix est évident, parfois moins. Mais allaiter un bébé sans être sûre d'en avoir vraiment envie, c'est courir à l'échec, enfin, je
veux dire, à l'arrêt rapide, à moins d'avoir la révélation de sa vie grâce à bébé, ce qui est possible aussi.
On a beau donner tous les arguments pour et contre, pour moi chaque argument a son contre-argument, et ce n'est pas ça qui va faire pencher la balance. Si on me dit: "le sein, c'est toujours prêt",
je réponds: "un bib, et papa peut le donner la nuit". Si on me dit: "le sein, c'est tout terrain", je réponds: "Essaie d'avoir un bébé en hiver, et on en recause". Bref, s'il y a vraiment besoin
d'arguments, c'est qu'il vaut mieux encore un peu y réfléchir et se demander ce qu'on ressent au fond de soi. Si on s'y engage, on accepte les quelques sacrifices inhérents à son choix, et on tient
bon.
Parce que oui, un allaitement, ça peut être galère.
Mais ça n'empêche pas de le faire quand-même. Et de connaître cet instant de fierté lorsqu'on pose chaque mois son bébé sur la balance du pédiatre.
Ca empêche juste de se sentir en phase avec tous les portraits de mamans allaitantes, rayonnantes et militantes.
J'ai allaité mes trois enfants. C'était une évidence, même pas un choix. Mais mon corps a été trois fois rebelle. Au bout de trois mois, il m'a chaque fois fait comprendre qu'il ne voulait
plus.
Alors on passe par tous les stades. On teste toutes les recettes de grand-mère censées favoriser la lactation. On écoute tous les conseils. On se décourage. On culpabilise; On va lire sur le site
de la Leche League que non, ça n'existe pas, les mamans qui n'ont pas assez de lait (je les invite à me rendre visite). On reculpabilise encore plus. Et là, on rencontre une puéricultrice de PMI
formidable, qui pose le doigt là où ça fait mal, pour vous obliger à réfléchir à tout ça posément.
Pourquoi j'allaite? Pourquoi ça me fait tellement mal que chez moi, ça ne marche pas comme ça devrait? Et pourquoi je dis que ça ne marche pas comme ça devrait? C'est quoi ce mot "échec"? Pourquoi
je dis que ça foire, si mon bébé a juste besoin d'un biberon de plus? Pour être sûre de donner tort à ma mère, qui a un jour déclaré "oh tu peux allaiter, mais tu verras, dans la famille, on n'est
pas des bonnes laitières!" Pourquoi je vois tout en noir? Qu'est-ce que j'ai fait de travers pour que ça ne marche pas? Pourquoi je veux absolument "réussir"? C'est quoi ce mot "réussir", cette
pression que je me mets, parce qu'aujourd'hui le bo-bio est à la mode? C'est quoi cette pression sociale qui dit que si t'allaites pas jusqu'à 6 mois minimum, ton enfant risque les allergies, les
maladies, bref que t'es une mauvaise mère? Que si tu lui mets pas des couches lavables (à l'eau, je précise, denrée que les trois quarts de la planète considèrent comme un luxe) tu pollues la
planète de ton enfant, donc que tu es une mauvaise mère? Qu'à tous les coups t'es une mauvaise mère, pour résumer.
Marre. Marre. Marre. J'ai fait de mon mieux. J'aimerais que mes enfants disent ça de moi, plus tard: "Elle a fait de son mieux". Je ne suis pas une mère parfaite. Aurais-je été meilleure si j'avais
pu les allaiter plus longtemps comme je l'aurais voulu? Parfois, la nature est comme ça. Elle donne certaines choses à des gens qui n'en veulent pas, et le refuse à ceux qui aimeraient tant. C'est
tout.
Donc je me suis battue. Avec toutes les recettes de grand-mère dont je vous passerai le détail (celles qui sont intéressées peuvent écrire au bureau des Papadoums, qui transmettra) parce que je
crois franchement, après trois expériences, que ce n'est pas ça qui "sauve" un allaitement. Si votre corps est d'accord, ces recettes ne seront que des petits plus en cas de coup de mou, mais si
votre corps refuse, il faut aussi savoir l'écouter.
Je me suis battue disais-je. Quand la Demoiselle a été hospitalisée en réanimation, je tirais mon lait. Il a été analysé, puis congelé, le temps qu'elle puisse remanger. J'y veillais comme sur de
l'or. je savais mon lait précieux. On m'encourageait, les infirmières étaient fantastiques, je pouvais même venir en pleine nuit, car ce lait lui permettrait de guérir plus vite. Puis quand elle a
été retransférée en pédiatrie , j'ai emporté avec moi la précieuse glacière dans l'ambulance. Arrivée dans le service, j'ai demandé sans relâche que mes biberons de lait maternel soient remis au
congélateur. Ils ont été oubliés sur une table. J'en ai pleuré de rage, et surtout quand il a fallu lui donner des compléments de lait artificiel, quand elle a pu recommencer à manger. Quand je
demandais comment j'allais pouvoir lui donner ses antibiotiques, vu qu'elle recrachait, on me répondait de les mettre dans le biberon! Et je devais leur répéter sans cesse que j'allaitais, que
c'était d'ailleurs pour ça que je restais jour et nuit avec mon bébé à l'hôpital... Après cet épisode, entre le stress, la fatigue et l'appétit de la Demoiselle qui rattrapait le temps perdu, j'ai
ramé, je suis devenue une pro du biberon de complément, du "je jongle entre tétée et biberon", du tire-lait où il me fallait 3 séances pour tirer 150 malheureux ml...
Malgré tout, c'était du bonheur. J'aimais ces moments où je m'isolais avec mon bébé. Où parfois mes deux grands venaient pour une explication. J'aimais que les gens s'excusent de me déranger "oh
pardon, je n'avais pas vu que tu étais occupée". J'ai aimé cette sage-femme venant me trouver à la fin d'un concert de BarbaLala et de la Fée où j'avais allaité dans un coin au fond de la salle, et
me féliciter, me demander si tout se passait bien. J'ai aimé mon père sortant de la chambre de la maternité le temps que mes enfants aient bu. J'ai beaucoup moins aimé quand parfois une indélicate
écartait la couverture pour tout bien voir, et quand elle a mal pris mon malaise. Même si on peut bronzer seins nus à la plage, même si on peut allaiter partout, c'est un moment d'intimité avec son
bébé qui ne se partage qu'avec les intimes...
Un jour, la Demoiselle m'a fait comprendre qu'elle aussi ça la fatiguait, ces histoires de tétées, de compléments, que ni elle ni moi n'étions relax, finalement. Elle m'a fait comprendre que
pendant quelques jours, on ne ferait plus que des tétées câlins quand elle en aurait envie. Elle s'interrompait pour me faire ses plus beaux sourires. Je n'oublierai jamais ses yeux remplis
d'amour, qui m'apaisaient. Et puis un jour, elle n'a plus cherché le sein du tout. Et nous avons commencé une autre histoire, au biberon. Que je lui ai choisis avec amour. Que je lui ai donnés avec
amour. Elle a mis le temps, mais aujourd'hui elle me fait les mêmes pauses-sourires, et les mêmes grands yeux bleus pleins de longs cils qui cherchent les miens.
A refaire? J'allaite encore. En étant consciente des limites de mon corps. Et déculpabilisée. Beaucoup plus sereine.
Aujourd'hui je milite pour un libre choix de chacune. Et pour qu'on arrête de nous mettre cette pression du "tout réussir de la mère parfaite". Aux futures mamans qui me demandent des conseils, je
leur dis de tenter cette belle aventure si elles en ont envie, mais de rester zen si elles ont tout fait bien comme il faut mais que leur corps dit non. Qu'allaiter est un acte naturel et doit le
rester. Et que si moi je ne suis pas l'exemple en la matière, la marraine de la Demoiselle a allaité ses deux garçons plus de 9 mois dans un pur bonheur bien mérité.
Edit: que les trois blogs cités plus haut ne se sentent pas attaqués par mon article, je les félicite pour leur
allaitement et leur souci de venir en aide aux autres. Aurélie et Marjo m'ont d'ailleurs envoyé de nombreux mails privés pour me soutenir et je les en remercie ici. Je voulais juste dire que pour
moi il n'y pas la place pour le combat pro-contre, qui est un choix personnel de chacune. Mais que si beaucoup prennent la plume pour dire combien allaiter c'est chouette, peu le font pour dire
oui, mais parfois c'est aussi galère. Du coup quand on est en galère et qu'on cherche de l'aide, ça mine un peu et on se sent un peu seul...
Publié le 20/03/2009 à 10h30 dans La vie des Papadoums
Accueil