J’ai 35 ans.
J’ai 35 ans et je marche.
J’ai 35 ans et je marche dans les rues de Paris.
Je porte un jeans qui souligne mes hanches qui ont donné la vie par trois fois déjà.
Je porte des talons très hauts, et mes pas résonnent sur le pavé. J’ai l’impression de voler, ivre de liberté.
J’ai 35 ans, je porte un jeans et des talons et je me sens femme.
J'avais pensé porter quelque chose de plus léger, printanier. Ma mère disait toujours qu'il faisait toujours beau ce jour-là. Je ne sais plus depuis combien d'années elle se trompe.
Je marche le nez au vent, je remplis mes yeux de Paris tandis que mon coeur est plein de ceux que j’ai laissés à la maison pour m’offrir une journée de liberté. Je ne rentrerai pas tard, je sais que vous m’attendrez ce soir.
J’ai 35 ans, ce qu’on appelle un bon job, et la vie devant moi. Comment me sentir vieille quand je calcule que je ne suis pas à la moitié du chemin de ma vie.
J’ai 35 ans et je ne suis plus une enfant pétrie de doutes et d’incertitudes. La maternité et l’amour auront fini par me faire grandir et m’affranchir des poids qui me lestaient depuis l’enfance. Je continue de faire des erreurs, mais j’ai l’élégance de les assumer.
J'ai 35 ans et la rondeur de mes joues d'enfant inexorablement se déplace vers mes hanches de femme. Je ne suis plus une enfant, et même si mon âme ne vieillit pas, mon corps dément. Ce corps qu'aujourd'hui poiurtant je préfère, j'ai apprivoisé enfin. Je suis une femme et j'aime à présent regarder tes mains sur mes hanches nues.
J’ai 35 ans et la nature humaine me donne de moins en moins d’illusions. Alors j’apprends à choisir pour moins souffrir. Mais que c'est difficile.
J’ai 35 ans et si je ne sais pas encore tout à fait vraiment ce que je veux, j’ai appris à connaître ce que je ne veux plus.
J’ai 35 ans et je regarde mes enfants grandir, mon amour mûrir, et ma vie s’écrire.
J’ai 35 ans et je me le répète pour me le mettre en tête.
J’ai 35 ans, et, comme chaque année, j’ai décidé que c’est le plus bel âge de la vie.



