Je suis une fille faible. Je cède aussi facilement à la menace qu’à la flatterie. En vrai, j’aime vivre en paix, c’est tout. Alors comme Alorom elle faisait le siège de ma boîte à imelles et de mon tululu vintage depuis qu’elle avait appris que le frère du Lyonnais habitait dans le rayon de braquage de sa Ford intérieure : « si tu passes par C* sans me le dire, je laisse plus jamais mes hordes de points d’exclamation sur ton blog, et en plus je vais dire des gros mots sur celui de la Fée ! ». Ca rigoulait pas du tout, du tout.
Donc l’autre ouikaine, lorsque le Lyonnais et moi laissâmes notre progéniture en larmes bien contente de pouvoir se la couler douce chez Tata pendant trois jours sans personne pour leur courir sur le haricot du rangement approximatif de la salle de jeux et des chaussettes sales qui ont loupé le panier (n’est pas Tony Parker qui veut. Surtout quand on mesure moins d’1m10.), je fus implorée, suppliée, enjointe de livrer mon emploi du temps précis et concis.
Heureusement, pour ça, le Lyonnais est super fort. A environ 400 km de Lyon, il me dit : « Tu peux informer l’autre folle-dingue que nous serons à C* à 16h17 exactement. » J’informai. Nous fûmes en avance. De quatre minutes. Il vieillit, le Lyonnais. (Ou alors il roule plus vite qu’avant.)
J’appelai Alorom. « Nan mais C*, c’est la zone, on trouvera jamais de bière, je viens te chercher, on va picoler dans mon salon ! » Je lui dis : tu me laisses 5 minutes le temps de me changer, parce que là je suis en baskets et jeans boueux, tu permets, mais même une blogueuse pas influente elle a son honneur. Je fais à pied les 100 mètres qui me séparent du point de rendez-vous. Je n’ai vu sa tête que sur une photo poucrave, sombre et floue, mais je sais que c’est elle. La Liliputienne qui explore le parterre de narcisses, c’est Willow.
Je remonte les genoux derrière les oreilles, et je m’installe dans sa Ford intérieure. C’est même pas une Ford, en plus, mais je rends ici hommage au sens très sûr du jeu de mots qui craint et que j’adore d’Alorom. Cinq minutes et un avion de tourisme qui atterrit presque sur ma pomme, la voilà qui créneaute, enfin qui prévient avant de créneauter, dans son langage imagé entre tous reconnaissable : « Attention, je te préviens, je me pose comme un chien sa merde. » Comprends, pas, tout se passe bien, elle annonce : « C’est ici que je foire. Ma roue arrière va sur le trottoir, ça rate jamais, et je vais te dire, après 2356545 essais, je m’en fous. » Tout se passe comme annoncé. Je suis bluffée.
J’ai l’air d’une géante à côté d’elle. Elle est menue comme … comme… comme je sais pas quoi mais menue menue. Et déborde d’énergie et de grands gestes qui font clink-clinker ses bracelets en argent. Nous parlons. Saoûlons certainement son compagnon de jeux qui, poliment, se contente de se marrer en nous observant. On est gentilles, on lui pique pas sa bière. Elle me montre des photos de ses grands, par ordre d'apparition: le Gros, la Blonde et le Graton. Willow n'est pas loin, elle m'observe et me fait des sourires de coquine. Tous les quatre plus beaux les uns que les autres. Une famille hétéroclite et heureuse de vivre.
Son salon rayonne, je ne sais pas si c’est le soleil qui inonde la pièce ou la présence étonnante de ce petit bout de femme rempli de sens, de générosité, d’humour, d’auto-dérision.
J’ai permission de 19 heures (nous avons encore plus de 500 km à parcourir ce soir là), je suis déjà en retard. Elle me ramène. Je lui présente le Lyonnais. Elle s’empresse de lui préciser avec les points sur les i qu’il a une femme formidable. Folle-dingue, je vous dis. Je l’ai même pas payée pour dire ça !
Nous nous quittons déjà et c’est déjà dur… Quelques heures plus tard, sur le chemin du retour je m’endormirais la bouche ouverte et la bave dégoulinante tenterais de faire le lien entre l’Alorom virtuelle et l’Alorom de la vraie vie du soleil des Monts du Lyonnais. La même. Même si j’ai encore du mal à y croire.






