Vendredi 10 juillet 2009.
Ce matin là, le soleil cognait déjà sec aux volets quand les Papadoums émergèrent. Même plus besoin de faire 1+1 et je retiens douze, ils savaient déjà qu’en ce jour funeste, leurs muscles
allaient payer l’oisiveté et les abus de la veille.
Mais c’est plein d’entrain, après un petit déjeuner sur la terrasse mit cigales qu’ils firent à nouveau leur sacs de
pique-nique, prirent la Japonaise d’assaut et hop, direction Belvédère en Vésubie. Trou perdu à souhait présentant toutes commodités alimentaires de très bonne facture, après quelques arrêts
victuailles, et encore de nombreux lacets sur la route de montagne, nous étions fin prêts à affronter le versant ouest de la Vallée des Merveilles.
Pour changer un peu, et pour la première fois, c’est BarbaLala qui s’est chargé de la Demoiselle dans son écharpe.
Une révélation pour lui, et pour moi l’impression de porter un poids mort avec le sac à provisions dans le dos : ah ben oui, il est nettement moins doué pour me faire des câlins, plonger son
regard plein d’amour dans le mien, et en plus y avait même pas de chocolat dedans, quel scandale aussi.
Une montée bien physique, avec plein de cailloux, de cascades, de traversées sur des pierres glissantes pour
pimenter le tout, c’est pas peu dire que nous avions mérité notre pause pique-nique, là tout en haut près de la neige.
Soudain, le Pirate annonce : « un bulletin ! un bulletin ! » Gné ? Ah oui, un
bouquetin broute, au loin, dans la neige, nous observant du coin de l’œil.
Le repas tirant en longueur, et la météo tournant au pas cool du tout, la Demoiselle s’impatiente : elle est
fatiguée, elle réclame son porteur à grands coups de chouine-chouine. C’est là que le bouquetin s’intéresse vachement à nous, d’un coup. Le temps de remballer nos affaires, il n’est plus qu’à
quelques mètres, rejoint par un compère ? Sont-ce des femelles ayant perdu leur petit ? Pas le temps de réfléchir à la question : la pluie arrive, il faut partir : les
cailloux seront glissants pour la descente, les ruisseaux risquent de monter, effaçant les gués.
Nous nous arrêtons pour équiper la tribu avec les K-ways que nous emportons toujours par sécurité. La montagne,
c’est pas rien que pour rire, parfois. Nous décidons de nous séparer : BarbaLala prend de l’avance avec les filles., je descends au rythme du Pirate. Entre nos deux groupes, les bouquetins
feront toute la descente, ne perdant jamais la Demoiselle du regard.
De retour à Belvédère, nous dévalisons la boucherie et la miellerie de produits régionaux et décidons sur le champ,
comme pour la cinquante-douzième fois déjà en d’autres lieux, de venir un jour nous installer ici…
Interrompant cette douce rêverie, mon portable sonne, profitant miraculeusement du seul chouïa de réseau de tout le
département.
« Roxaneuh ? » Une très jolie voix, toute douce, avec un accent plein de soleil à croquer, c’est
Martine. Bon sang, mais c’est vrai, je ne l’ai pas oublié, aujourd’hui est un grand jour, c’est le jour de LA
rencontre !
Coup d’œil sur l’horloge. Martine, Bernard et Théo, la
gentillesse comme mode de vie, sont venus de Toulon pour passer le week-end pas très loin de notre pied à terre, juste pour nous voir. Nous nous donnons rendez-vous deux heures plus tard à Nice.
Branle-bas de combat, il est 18 heures. Inspection des troupes : le constat n’est pas bien brillant : nous sommes boueux des orteils aux cheveux.
Répartition des tâches : BarbaLala cale l’estomac de la Demoiselle qui se dit que ça va bien ici, mais
quand est-ce qu’on goûte ? Je décrotte le Pirate qui se demande ce qui a bien pu piquer sa mère, d’un coup. La Fée, en bonne fille très fille, comprend l’enjeu : ce soir, c’est rencard
avec la blogo de l’intermède mondial, faut faire bonne impression, elle en profite pour mettre du gloss et du brillant sur ses yeux.
Je file sous la douche, me scrute dans la glace. Les sourcils en friche, c’est la haïpe dans le sud-ouecht, mais
cette fois, on va à Niiiiiice, c’est peut-être pas pareil ? Dans le doute, je pique le Gillette super trop chouette de BarbaLala et arrange le truc vite fait, pas le temps de chercher ma
pince à dépwoualer dans le souk qui nous sert de pharmacie. Coup d’œil sur la garde-robe : à force de réduire les bagages, j’ai pas emmené de robe du grand monde, donc je bricole avec ce que
j’ai en stock. Ouf, sauvée : j’ai emporté des talons (qui quelques heures plus tard désespèreront Martine, mais bon). Une pointe de maquillage sur les yeux, je change la Demoiselle, le tout
en moins de 3 minutes 30, le temps qui m’était imparti si je ne voulais pas rater mon rencard avec l’Histoire, et hop c’est reparti, direction Niiiiiice.
Je n’ai jamais mis le pied, ongles vernis ou non, à Niiiice. Depuis des années, dans un élan de romantisme
fou, je répète à BarbaLala : « Quand tu seras vieux, je t’aimerai encore, et je pousserai ton fauteuil roulant sur la Promenade des Anglais ». Mouais. D é c e p t i o
n. Comment vous dire, pour ceux qui sont jamais allés. La Promenade, c’est le périph’. Quatre bandes de circulation, quatre kilomètres de long, cette superbe baie est défigurée par
des milliards de voitures dans tous les sens. Le long de la mer en contrebas très bas, un large trottoir investi par les promeneurs avec ou sans roues. Si je veux toucher l’assurance vie, il me
suffira de pousser le fauteuil roulant un peu de côté…
Mais Martine met fin à mes sombres pensées : youhou, vous êtes où ? Nous finissons par croiser deux grands
fous qui nous font des tas de signes en criant de joie, quelques instants plus tard, nous faisons connaissance avec les Amoureux de la Riviera, les futurs mariés de la fin de
l’été.
Sentiment étrange : nous nous connaissons sans nous connaître. Nous déclinons nos véritables identités, la
Fée s’empare de la poussette de Théo qui gambade avec le Pirate, nous nous mettons à papoter comme si nous nous étions vues la semaine dernière. Heureusement, entre les deux hommes, le
courant passe bien aussi, et très vite, c’est le grand brouhaha.
Nous trouvons une table susceptible d’accueillir quatre adultes, quatre enfants et deux poussettes, et jurons sur la carte des vins de ne rien révéler de compromettant, nanmého nous avons une réputation à tenir passons la soirée à refaire le monde de
l’intermède mondial de la blogo. L’énergie de Théo qui a décidé d’explorer le moindre recoin du Marché aux Fleurs tranche avec le calme et la douceur de ses parents. Ensuite, une petite
balade en bord de mer, et les enfants ne résistent plus : un petit bain de minuit moins le quart, et ça repart.
Quelques photos de filles (trop sombre, t’as vu ma tronche, non mais là j’ai la lumière du spot en pleine figure, mais ça va pas t’es trop grande avec tes talons, attends là j’ai fermé les
yeux !), encore quelques photos souvenirs et quelques mètres plus tard, il est déjà temps de se séparer, avec la promesse de se revoir très vite.
Nous admirons encore quelques instants la baie illuminée, et reprenons le chemin de notre montagne. Sur la petite route, le renard, et l’impression d’avoir rêvé… Et si j’avais tout
imaginé ?