Le dernier ouikaine d'avril, les fermes en Moselle se mettent en mode "fête". On brique les cochons, met un noeud
rose aux ânons, peigne les chevreaux, épouille les lapereaux, bref tout le monde se met sur son trente-et-un. J'aime bien y emmener les Petits Papadoums, même s'ils savent que le lait ne pousse
pas en briques carrées depuis longtemps, rien qu'à l'odeur répandue certains jours au Village par les quatre fermes de la rue, ça fait toujours une sortie super chouette, genre l'imagier de la
ferme mais en vrai avec les bruits des animaux qui ont eu le droit de sortir de la boîte à meuh.
L'autre dimanche, nous avons visité deux fermes de la région.
La première, le matin, plus déguisée en attrape-touristes au porte-monnaie bien rempli, a permis aux enfants de
faire un tour de poney d'au moins 34 secondes (deux euros) et à moi de dire au Pirate qu'on était là pour voir les vrais canards, pas ceux en plastique de la pêche (deux euros). Si on moins on
avait gagné des poussins, ça aurait pu être drôle, en rentrant à la maison avec les bestiaux. A chaque bêtise, j'aurais pu menacer les enfants: Attention, si vous n'êtes pas sages, on bouffe
Caliméro demain au dîner!
Bon on a vu des cochons qui avaient pas l'air étonnés de nous voir, même pas ils nous on fait un grrrouiiik de
bienvenue, nan mais tout se perd, vraiment. Quelques veaux, vaches, cochons, couvées, et puis surtout un chevreau qui venait tout juste de naître, devant une meute d'enfants mi horrfiés par le
spectacle, mi fascinés... Ca se mange du chevreau?
Bon après ça, on est rentrés se reposer de tant de bestialité à la maison. Parce que, l'après-midi, nous avions
rendez-vous avec du vrai, du lourd, de la ferme en grand et en dehors du monde, nous étions invités chez nos copains Félicia, enceinte jusqu'au cils du petit troisième, et Benoît, à la ferme de
Fresnois.

Là, c'est la douceur de vivre, le monde s'est arrêté pour écouter le blé
pousser. Même la Demoiselle avait bien compris le principe: tu laisses papa boire des bières et maman manger du gâteau en pipelettant avec la Zabineuh et la Fééééliiii s'instruire tranquillou, tu vas jouer avec les copains, aujourd'hui tu es LIBRE. Elle a
très bien intégré le concept, je dois dire. On l'a pas vue de l'après-midi. Je l'ai retrouvée noire comme un petit cochon, signe absolu des enfants qui s'éclatent.
Pour faire les ceusses qui sont pas venus que pour se mettre le fondement sur une
chaise et voir la vie du bon côté, comme si soudain le temps s'était bloqué sur dimanche, on a rendu une petite visite aux bestiaux motorisés dans leur étable.
Ah, des bien belles bêtes. Je vous mets la Demoiselle qui mesure à peu près 80 cm juste à côté comme étalon.
Evidemment, comme par miracle, on a réussi à décoller le Pirate du baby-foot cinq minutes, le temps de le faire monter dans la moissonneuse-batteuse, un grand moment!
Et puis j'ai eu le choc de ma vie. J'ai trouvé, d'un coup d'un seul, ma vocation, sans rien avoir cherché, sans m'y
attendre. La révélation. J'ai nommé l'élevage d'escargots. Un peu dégueu, mais attends, tu vas voir.
D'abord ça se mange.
Déjà un bon point.
Et avant ça, c'est LE truc du feignant absolu. Juste fait pour moi je te dis.
Le truc genre, que tu les ramasses et tu les fous six mois à roupiller. Ensuite, t'allumes la lumière, et tu lui
demandes gentiment de forniquer. Bon, comme l'escargot est pas contrariant, mais lubrique et baveux, il s'exécute (mais lentement, hein, faut pas pousser). Ensuite tu lui donnes des pots de
terre, il te pond ses oeufs , et toi, peinard, t'attends à peu près deux semaines qu'ils éclosent. Dans chaque oeuf, un escargot tout bien fait tout fini, prêt à ramper, la coquille sur le dos et
les petites antennes dehors (ça laisse rêveur, je vous dis). Juste microscopique, mais c'est un détail. (Juste que du coup c'est pas très photogénique.)
Bon tu le laisses un peu bouffer de la farine, et, parce que t'es pas vache, t'attends qu'il ne gèle plus dehors, et
tu le balances dans le colza, hop. Tu mets des planches en tipi pour qu'il puisse se planquer quand ça chauffe, et t'arroses tous les matins. Et l'escargot, il a qu'à bouffer pendant que toi tu
fais rien pendant six mois. Au bout de six mois, Louis Bodin annonce qu'il va geler, et là tu te magnes d'aller les cueillir (ça court pas très vite, tu te fatigues pas trop), parce que ce serait
gâcher, ils sont magnifiques et tout bien gros comme il faut. T'en gardes quelques-un pour les laisser se reproduire, et les autres, bah tu les prépares, genre: ébouillantage, lavages, surgelage,
cuisson de deux heures, beurrage, remisage dans coquillage, surgelage, vendage au marché de Noël le plus proche.
Puis tout le monde il refoule du goulot et on rigole bien. Au final, t'as bossé deux semaines sur l'année. Je
veux.
Ah tu vois que c'était super instructif. Je disais pas ça pour rigoler qu'est-ce que tu crois. Qu'on peut pas causer
sérieux ici deux secondes?
Bon la Demoiselle, quand elle en a eu marre de faire papouille aux lapins et de répondre à l'autre abruti de
Léoooon, elle s'est trouvé un super baby-sitter en la personne toute désignée de son parrain Manu Emmaaaanouel (sinon on se fait engueuler par
la Zabineuh), qui lui a bien expliqué que non, on ne pouvait pas déterrer les asperges tout de suite. Il lui a même déniché un tracteur à sa taille, didon.
Je vous ai gardé le meilleur pour la fin. Enfin, le meilleur, celui-là il se mange pas, attention, sinon je crois
que la Fée elle mord.
Le meilleur, ou plutôt la meilleure, c'est Saline. Saline venait d'avoir un bébé quelques jours avant, et avait déjà
retrouvé sa jolie ligne élancée.
Le joli poulain cherchait encore un prénom, c'est l'année en A il paraît. Bon nous on lui a cherché des tas de
prénoms, et lui il nous a prêté sa maman.
Bon, pas trop longtemps, hein, parce que ça l'inquiétait quand même un peu, mais Saline elle est tellement douce que
même le Pirate a pu la monter à cru, ses petites mains bien accrochées dans la crinière.
Après, on est rentrés à la maison avec un tas d'escargots et des amis, et le lendemain, je sais pas pourquoi, on
refoulait tous un peu du goulot et on avait un coup de soleil sur le nez des étoiles plein les yeux.
Les escargots de Félicia et Benoît sont disponibles uniquement sur commande et bien sûr, en saison, et puis tant
qu'il en reste. Ce sont évidemment les meilleurs du monde.