Vendredi 26 février 2010
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Ce matin-là, je n'eus pas besoin de trente minutes d'éveil-lumière et dix minutes de radio énergique comme à mon
habitude pour ouvrir un oeil qui piquait un
maximum aussitôt frais et dispos. Il n'était pourtant pas encore cinq heures du matin. Un jour de
congé, en plus. Je fus tentée un court instant de me rabattre la couette sur ma tête et replonger avec délices ma tête dans mon oreiller en plumes et mon corps dans les bras de Morphée. Mais je me
rappelai ensuite la raison de ce réveil inhabituel: c'était le grand jour, celui de ma rencontre avec la Mère Joie.
Presque deux ans que nous attendions cela. Enfin, surtout moi. Oh, et puis, surtout elle, aussi. Elle m'avait dit un jour que ça allait bien, ces missives interminables, mais qu'elle avait besoin
de tâter la marchandise, là, doucement. Deux ans que nous nous écrivions, dont trois mois de vouvoiement épistolaire délicieusement désuet. De mon côté, j'avais toujours refusé d'entendre sa
voix au téléphone, préférant associer sa voix à son visage, à sa présence. Oh, son visage, je le connaissais. Ou croyais le connaître...
Ce matin-là, je fus rapide, et pris la route peu avant six heures pour rejoindre la gare de Metz, que j'atteins avec vingt minutes d'avance sur le tigivi. Je fis les cent pas sur le quai. Puis me
plongeai dans un livre pour éviter de penser trop, d'imaginer trop... Peu avant Paris, un rapide contrôle sur le plan de la Capitale que m'avait confié mon homme au petit matin, mais les stations
de métro, les rues, les directions étaient déjà mémorisées. Sept stations dans un sens, changement, une dans l'autre. Remonter à la surface. Flairer l'air et me diriger au feeling... je perds
rarement à ce jeu-là.
Arrivée dans la rue de l'hôtel où elle m'a donné rendez-vous, je presse le pas. Vais-je la reconnaître? Comment la retrouver?
Je pénètre dans le hall de l'hôtel. Au fond, une fille assise, me fait un grand signe. C'est elle. Je ne sais pas si je l'aurais reconnue, en fait. L'impression qu'on se fait de photos est
tellement figée dans notre imagination...
Elle prend le petit-déjeuner avec Walinette (que je suis aaaaah et iiihhh et oooohhhh de rencontrer aussi, cerise imprévue sur le cheese-cake), et
je les accompagne, je suis partie le ventre vide, vu l'heure. Nous échangeons, gentiment toutes les trois, sur notre rôle de mamans, sur les coupes de champagne de la veille...
Walinette a un tas de rendez-vous (en vrai, elle a fait un tas de shopping, finalement) et nous abandonne.
Nous décidons d'aller nous promener un peu. Avant, un tour par la case pipi s'impose. Et là, tout part en nouille. Comme deux vieilles copines, nous nous parlons à travers la porte des toilettes.
Je l'entends pester sur sa lunacup, nous causons cycles et variations hormonales. Je me dis que toute la blogosphère voudrait être à ma place, et nous causons menstruations. Bon, nous nous étions
promises d'échanger notre sang, en dignes soeurs de counerie, lors d'un clash blogosphérique où nous nous soutînmes sans faillir jusque dans la bêtise, on pourra dire que ce matin-là, ce fut fait
symboliquement. Rite initiatique en quelque somme.
Nous sortons. Nous parlons. Trop. Enfin, surtout moi. Pas assez. Enfin, surtout elle. Pas le temps. Volons d'un sujet à l'autre dans la hâte. Nous faisons les touristes. Je la photographie. Je
l'observe. Elle rit. Elle sourit. Elle est très belle. Nous faisons des photos débiles, comme de vraies touristes. Tout d'un coup, ça me frappe: son sourire est immense, tout son visage n'est qu'un
sourire. Sa voix est feutrée. Son attitude est douce. Comment une fille si douce peut-elle écrire ce qu'elle écrit? Une schizophrénie maîtrisée, apprivoisée sans doute, par l'expérience et la vie.
Elle n'a pourtant que quelques mois de plus que moi, et je la sens si sûre de ses opinions, alors que moi je navigue à vue dans le doute. Douce et déterminée, son avis est éclairé,
étudié, argumenté, longuement cheminé, mais jamais en demi-teinte. Une fois arrivée au but, (ce qui prend parfois de longues soirées où nous échangeons, bataillons, ferraillons par mail), elle
ne lâche rien, défend le faible et l'opprimé sa gamelle ses opinions. En fait, c'est une
vraie teigne!

Bon, c'est pas tout, mais elle stresse, nous avons des plombes d'avance, mais faudrait pas être en retard au rendez-vous que nous avons donné à quatre autres nanas de la ouèberie. Nous décidons
donc de rentrer faire pipi, y avait au moins une heure longtemps. Sans oublier d'aller mettre le souk dans un magasin de souvenirs, comme de vraies touristes. Un coup d'oeil au plan du métro, et nous tentons d'y entrer par la mauvaise porte,
comme de vraies touristes arrivons cependant à bon port sans encombre, la Mère Joie est née à Paname et on ne la lui fait pas, à elle.
Moi, je la suis les yeux fermés, trop occupée par notre passionnante discussion. Nous parlons blogs, blogueuses, pas blogueuses, blog-attitioude, blog-philosophie, blog-ambitions, trolls
inévitables, de nos nains, de nos hommes un peu mais pas trop, et pas de cul, tiens, nous sommes des filles bien élevées, contre toutes apparences. Il est temps alors de parler blog-rencontres,
parce que nous avons rendez-vous avec Sophie L, E-Zabel, Carole, et
Bachibouzette-Asdetrèfle... Mais c'est une autre histoire...
Après le déjeuner, nous nous quittons sur un quai de métro, cruelle ironie de la géographie qui nous séparera le soir-même de plus de mille kilomètres,...
Dans le train du retour, je m'endors. Je reprends la voiture, et j'appelle l'Homme. Je lui dis qu'en fait, la Mère Joie a envoyé une doublure, parce que c'est pas possible qu'une nana aussi douce
puisse écrire autant d'horreurs glamour-trash. En guise de doublure, elle a envoyé Jamie Lee Curtis, parce que quand-même, la
Mère Joie, c'est quelqu'un.
Purée, j'ai oublié de lui demander un autographe.

Edit: à la demande générale, j'ajoute une photo du fameux sac de soi-disant femme de mauvaise vie. Elle a même pas dû me forcer pour que j'avoue
qu'en fait, nous avions été médisantes...
Par La Famille Papadoum
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Publié dans : Papadoums et compagnie
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